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9288km de voyage en train pour se prendre une gifle (pédagogique)

Cet article participe à un évènement inter-blogueurs du blog d’une famille expatriée au Québec : Stalimapics. Le thème de cet évènement est le voyage qui a changé ma vie.

Ce voyage « qui a changé ma vie » a vu le jour suite à un échec dans le cadre d’un projet d’expatriation au Canada. D’ailleurs, pour ceux que le sujet intéresse, vous pouvez découvrir l’histoire de Steve et sa petite famille sur leur blog, et y trouver un paquet d’informations. Notamment les 10 étapes indispensables pour démarrer son projet d’expatriation que j’ai trouvé particulièrement intéressant.

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post instagram transsibérien

Je commencerai ce récit par la publication que j’avais fait à l’époque sur Instagram. Tu vas découvrir que, comme toujours sur les réseaux sociaux, l’histoire derrière est nettement moins fashion

Désolé pour les passages un peu crus 🙃

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Nous sommes en 2014. Je ne m’épanouis pas dans mon travail et je pense depuis très longtemps m’expatrier. Problème : je suis professionnel dans un domaine assez particulier et je ne peux pas faire ce travail ailleurs qu’en France. Que faire alors ? Après quelques jours de réflexion… BINGO ! Je vais reprendre les études. Qu’est ce que j’aime faire ? Traverser des étendues sauvages, dormir sous les étoiles,… En gros, le sport et la nature. Je décide donc de m’inscrire à un cursus pour devenir guide outdoor dans une prestigieuse école de Québec.

Je passe les sélections sans problème et suis admis pour la rentrée de septembre prochain. Nous sommes alors en début d’année. Loin de vouloir me jeter tête baissée dans l’aventure et voulant sécuriser mon projet, je cherche à prendre une année de congé sans solde, ce qui est parfaitement possible dans ma boite. Alors que le processus suit son cours auprès de mon employeur, je m’organise et prépare mon projet : je lance la machine pour obtenir le visa étudiant, trouve une collocation, me renseigne pour transférer mes comptes et poste une annonce pour vendre ma voiture. Bref, toutes les formalités d’expatriation que vous pouvez imaginer.

Alors que tout commence à prendre forme (et le jour où je reçois enfin mon visa), la réponse de la commission devant statuer sur mon cas tombe : ma demande est refusée. Comme un coup de massue derrière la tête.

Le projet

Alors que je pose le pied en Russie, plusieurs mois ont passé depuis ma déconvenue. Je n’en reste pas moins franchement perdu. J’aurais pu passer mes vacances au Canada, comme pour exorciser la chose, mais j’ai choisi la Russie. Si tu es passé par la section Qui suis-je ? du média Parlons plusieurs langues, tu sauras ce qui m’a amené là-bas. Par ailleurs, mon grand-père maternel, que je n’ai jamais connu, était russe et a fuit la révolution d’octobre 1917. Étant dans une période sombre de ma vie, c‘était, je pense, une façon de renouer avec mes racines.

Mon plan en ce mois de septembre est simple :

  • Vol aller CDG – Moscou
  • 2 nuits à Moscou
  • Moscou – Irkoutsk en train (4 jours)
  • 1 semaine au lac Baïkal
  • Irkoutsk – Vladivostok en train (3 jours)
  • 3 nuit à Vladivostok
  • Vol retour Vladivostok – CDG
avion direction Moscou
Mon premier voyage seul: direction la Russie

Sur le papier, ça paraît simple ! Excepté que la somme des trajets en train est de 9288 kilomètres, soit 7 jours en classe « platzkart ». C’est à dire en 3ème classe russe : un wagon entièrement ouvert avec 52 couchettes. Hashtag promiscuité.

Moscou, l’insouciance

Le séjour à Moscou est amusant. Mon hôte de couchsurfing, Anastasia, me réceptionne à la gare Biélarousskaya en haut de la célèbre rue Tverskaya. Juste le temps de jeter mon sac de randonnée à la consigne et Anastasia m’offre un tour du centre-ville. Le lendemain soir, ce sera au tour de son petit-ami, Petya, de m’offrir un tour de la ville. Cette fois-ci : by night. Pour résumer : beaucoup de bière, des sushis, des fous rires, de l’escalade et une exploration urbaine du quartier de la gare Kievskaya.

Radisson hotel Moscow
L’Hôtel Ukraine, un des sept gratte-ciels stalinien

Je me rappelle avoir dit à Petya et ses amis : « les gars, demain j’ai mon train à midi, je ne peux pas le rater… » pour me faire entendre dire par l’un d’eux : « t’inquiètes, si il faut, je t’y porterai sur mon dos ».

J’ai quand même du mal à réaliser que je suis en Russie. Lors de la préparation du voyage, j’ai entendu toutes sortes de choses sur ce pays. Majoritairement en négatif. Et voilà que j’y fais la fête, je dors chez des inconnus en banlieue de Moscou et je me débrouille dans une langue que j’apprends depuis quelques mois. Jusqu’ici tout va bien. Alors oui, comme disent beaucoup de russes: « tu sais, Moscou n’est pas la Russie ». C’est ce qu’on va voir. Alors que le Doliprane commence à faire effet, le train s’élance…

Поехали! – C’est parti!

La vie dans le train est plutôt tranquille : manger, dormir, lire, discuter, faire l’aller-retour au samovar* et boire le thé. Dehors, des bouleaux et des sapins. De temps en temps un village. C’est l’automne et les couleurs sont magnifiques : du vert au rouge, en passant par l’orange et le jaune. Mes voisins de couchette changent au gré des arrêts. Je profite de chacun d’eux pour prendre l’air et aller me chercher à manger. En théorie, j’ai largement de quoi me nourrir jusqu’à Irkoutsk. Mais je ne résiste pas aux pirojkis* que vendent les babouchkas* sur les quais. Juste le temps de demander à la provodnitsa* combien de temps le train s’arrête, et je file, en pyjama, faire mon marché.

*Un samovar est un ustensile utilisé pour faire bouillir l’eau du thé en Russie et dans certains pays du proche Orient.
*Les pirojkis sont des petits pains fourrés (notamment à la viande, au choux ou encore à la pomme de terre).
*Babouchka est le mot russe pour « grand-mère ».
*Une provodnitsa (ou provodnik pour sa version masculine) est une employé des Chemins de Fer russes. Elles sont en général deux pour gérer tout un wagon.

couchette haute platzkart
Mon espace « intime » pour 7 jours à travers la Russie

J’aurais pas mal discuté dans le train. Vu la promiscuité, pas le choix d’ailleurs. Pour manger, il faut se mettre d’accord avec les voisins car pour accéder à la table, il faut s’asseoir sur le lit des occupants des couchettes du bas. J’ai cependant beaucoup de mal à aborder mes compagnons de voyage pour leur parler. Alors que j’en meurs d’envie. J’ai peur qu’ils ne me comprennent pas, et de les embêter à cause de mon russe selon moi trop « pauvre ».

Halte au Baïkal, la perle de Sibérie

Mon arrivée à Irkoutsk et mon pépiple au lac Baïkal seront marqués par ma rencontre avec des voyageurs étrangers. Tout d’abord à Irkoutsk, où je rencontre dans une auberge de jeunesse un américain d’Albuquerque et une allemande de Potsdam. Ces deux là voyagent seuls et parlent un peu russe, comme moi. Pourquoi préciser leur ville ? Juste pour meubler, car j’ai honteusement oublié leur prénom. Sorry guys.

UAZ 452 fourgon avec châssis tout-terrain
Un des véhicules m’ayant pris en stop: le UAZ 452, fourgon avec châssis tout-terrain, très populaire au Baïkal

Les tourdumondistes

Les autres voyageurs que je rencontre sont majoritairement français. Ils rentrent dans la catégorie que j’appelle les « tourdumondistes ». Le projet de tour du monde m’a toujours botté, mais ces énergumènes ont réussi à m’en dégoûter. Pour avoir partagé leur quotidien pendant quelques jours, j’ai compris que la Russie n’était rien pour eux. Juste un point sur leur itinéraire. Comme tous les autres pays qu’ils visitent. Autrement dit, juste un sujet à aborder sur leur blog. Parce que oui, pour rentrer dans la catégorie des tourdumondistes, il faut un blog. Et il ne faut y aborder que des thèmes superficiels, se moquer des locaux et se prendre en photo dans des attrapes-touristes. Désolé pour le tableau noir, je suis peut-être tombé sur les mauvaises personnes. Toujours est-il qu’ils ne s’intéressaient pas à la Russie. Du coup, je me sentais beaucoup plus proche des russes, mais n’osait toujours pas les aborder. J’ai rarement été aussi frustré et cela commençait à me peser.

Sasha et le banya

Un évènement est quand même venu me remonter le moral. Alors que je devais rentrer sur Irkoutsk dans l’après-midi pour attraper mon train pour Vladivostok le soir même, j’ai décidé de me lever tôt et de m’offrir un banya sur la plage. Le banya est la version russe du sauna. C’est d’ailleurs une tradition en Russie. Il était hors de question que je passe à côté de ça avant de repartir. Il était également impensable que je ne me baigne pas dans le Baïkal avant de partir.

lac Baikal
Le lac Baïkal, la perle de Sibérie

Me voilà donc en train de frapper à la porte d’une bicoque, appartenant au gérant de deux banyas posés à même la plage. J’ai beau frappé, personne ne me répond. J’entends tout de même du bruit à l’intérieur. Je redouble d’effort.

Au bout d’un bon quart d’heure, un type franchement louche m’ouvre la porte. Il porte une marinière et a l’air d’avoir la gueule de bois. C’est Sasha. Effectivement, il m’explique qu’il a fait la fête la veille, et qu’il ne compte pas travailler aujourd’hui. Au bout de quelques minutes de négociation et malgré ses ronchonnements, il me laisse entrer et m’invite à m’asseoir à sa table. La bicoque en question est en fait un genre d’abri de jardin en bois composé de 2 couchettes, d’une table au milieu et d’une cuisinière à gaz. La pièce ne fait pas plus de 5m².

Sasha m’explique qu’il doit mettre en route le banya et que l’opération devrait prendre une petite demi-heure. Il s’agit en fait d’allumer un feu dans un tonneau à moitié imbriqué dans une espèce de caravane et d’attendre qu’il y fasse une chaleur à crever… (voir la photo des deux banyas sur ma publication Instagram en introduction, j’ai « cuit à l’étouffé » dans celui de droite)

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Au passage, Sasha est le diminutif d’Alexandre (et d’Alexandra). Tous les prénoms russes ont un diminutif, voire plusieurs selon le degré affectif. Parfois, le diminutif est d’ailleurs plus long que le prénom. Ne cherchez pas, c’est comme ça.

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Mon nouveau camarade revient donc vers moi après avoir allumé le feu. Nous avons maintenant 20 minutes à tuer. Sasha se met à farfouiller sous sa couchette. Il sort à ma grande surprise une bouteille de vodka. Pourquoi à ma grande surprise ? Parce qu’il est 10 heures du matin… Au bout de quelques toasts portés à la France, au lac et à l’amitié entre les peuples, je parle désormais sans me préoccuper des éventuelles fautes de grammaire.

Faire mon premier banya au bord du lac Baïkal est pour moi un souvenir exceptionnel. J’alterne entre la pièce à 90 degrés, et l’eau du lac à 12 degrés. J’en sors dans un état second. Heureusement Sasha m’attend avec le petit-déjeuner : œufs brouillés, thé à la confiture et la fin de la bouteille de vodka. J’apprends qu’il habite Irkoutsk, mais vit dans cette cabane le temps de l’été. Le reste du temps, il peint. Il propose d’ailleurs de m’offrir une de ses toiles, mais vu le trajet qu’il me reste à accomplir, je décline son offre et le remercie.

Au moment de partir, Sasha insiste pour me ramener à la chambre que je loue à Khoujir, le seul village de l’île sur laquelle je me trouve : Olkhon. Je sais, prendre la voiture dans cet état est dangereux et interdit. Surtout en Russie où la tolérance est de zéro concernant cette infraction. Tout rentrera très vite dans l’ordre car nous nous ensablons après avoir parcourus quelques mètres.

lada baikal
La fameuse Lada de Sasha

Je me retrouve donc au volant de la vieille Lada ensablée en train d’accélérer doucement pendant que Sasha essaie de pousser. Nous changeons de poste plusieurs fois, avant qu’il ne se résigne à appeler un ami susceptible de nous aider, ce dernier possédant un 4×4 et un treuil. C’est à ce moment là que je décide de regarder mon téléphone, et m’aperçois avec effroi que le véhicule censé me ramener à Irkoutsk part dans 5 minutes. Je suis à un quart d’heure de marche de ma chambre et mes affaires ne sont pas prêtes…

Après une demi-heure d’activité intense, je suis assis dans le minibus. L’esprit encore un peu embrumé, mais tranquille. Je garde le regard vissé sur le lac en me promettant de revenir. Oui je paraphrase un peu Tesson, mais c’est bel et bien ce qu’il s’est passé.

bivouac olkhon
Bivouac sans prétention au nord de l’île d’Olkhon

Les quelques heures passées à Irkoutsk sont sans intérêt et mon sac pèse toujours une tonne. J’attrape le train et, après m’être installé sur ma couchette, je m’endors sans même mettre les draps que m’a donné la provodnitsa en entrant dans le wagon… Ce qui me vaudra une remontrance le lendemain.

Irkoutsk – Vladivostok

Je retrouve le cocon du train. Cette espèce d’ambiance où tout paraît plus lent. Le wagon est presque vide. Hormis quelques parties de dourak* avec deux jeunes bouriates, je passe mes journées entières à la fenêtre pour contempler les paysages de l’extrême orient russe. Beaucoup plus vallonnés que lors du trajet Moscou-Irkoutsk. Nous longeons à présent la Chine et le train s’est bien rempli à Khabarovsk.

*Dourak veut dire « abruti ». C’est un jeu de carte très populaire en Russie, dont les règles sont expliquées ici.

couchette haute platzkart
Le wagon platzkart ou 3ème classe russe, un espace ouvert de 52 couchettes

Mon voyage en train touche à sa fin. Nous sommes à présent à quelques kilomètres de la dernière étape d’un voyage de 9288km. Comme d’habitude à l’approche d’une destination en train, les russes quittent leur pyjama et leurs chaussons. Les femmes se pomponnent et chacun rassemble ses affaires. Vladivostok, littéralement « Qui domine l’Est », est proche. Nous longeons d’ailleurs une grande étendu d’eau : la baie de l’Amour. Je ne sais pas quoi ressentir. On dirait que je suis déjà nostalgique, comme si je voulais que jamais ce train ne s’arrête. Peut-être pour ne pas avoir à faire face aux problèmes qui m’ont menés ici.

Terminus du bout du monde

Alors que l’arrivée se fait imminente, j’essaie de joindre désespérément mon hôte de couchsurfing par téléphone. Mais rien. Elle est censée m’attendre à la gare avec des amis. La nuit tombe et le train entre en gare. Toujours pas de nouvelles. Tout le monde quitte le train et, focalisé sur Natalia qui ne me répond pas, je ne prends même pas le temps de profiter de l’instant. 9288km. Quand même !

selfie platzkart
Les affaires sont prêtes, plus que quelques minutes et le train entre en gare

Personne sur le quai. Pas pour moi en tous cas. Je m’installe dans le hall de la gare et me connecte au Wi-Fi. Ah, un message ! Natalia me prévient qu’elle et ses amis sont dans le centre-ville car c’est le jour du tigre. Pour l’occasion, un concert a lieu et la ville est en fête (le tigre de l’Amour, ou tigre de Sibérie, est le symbole de la ville). La troupe m’invite à les rejoindre, mais déçu de ce contre-temps et certainement fatigué en cette fin de voyage, je ne réponds même pas. Je quitte la gare, mon sac de randonné beaucoup trop lourd sur le dos.

Au pied du mur

Je suis dans une ville inconnu, et ma solution d’hébergement se trouve quelque part en ville en train de faire la fête. Le sac me lacère les épaules. Pourquoi avoir pris mes affaires de bivouac alors que je n’avais prévu que quelques jours de randonnée ? Je jette mon sac et m’assoie sur des marches à proximité d’une statue de Lénine qui, imperturbable, pointe le sud avec son doigt de bronze.

Je suis face à l’un de mes démons : l’imprévu. Pour ce voyage, j’ai préféré tout préparer pour ne pas avoir à me débrouiller. Pour ne pas avoir à oser parler à l’autre. Comme à ces compagnons de route dans le train que je n’osais pas aborder, pensant que mon russe n’était pas assez « parfait ». Alors que lorsqu’on m’adressait la parole, je pouvais largement communiquer… J’en ai assez. Il m’aura fallu presque 10000 kilomètres pour arriver au pied du mur et me retrouver face à moi-même. Comme un con.

Il fait maintenant complètement nuit et je commence à réaliser où je suis : Vladivostok. À l’autre bout du monde, au bord de la mer du Japon, à quelques kilomètres de la Corée du Nord… C’est dingue. Et cette gare que j’ai vu des dizaines de fois en photo, avec ses lettres rouges indiquant le nom de la ville en cyrillique : Владивосток.

port Vladivostok
Le port de Vladivostok est le plus important du Pacifique,
rien que ça!

Soudain je repense à tous ceux que j’ai rencontré : Anastasia, Petya et ses amis, les voisins de couchette, Sasha… Nous avons pu communiquer plus ou moins sans problème. Je suis donc capable de parler russe même si, certes, je n’ai pas un « gros » niveau. Me remémorer le voyage et tout ce que j’ai accompli me redonne confiance en moi. Car au fond, c’est de ça dont il est question : la confiance en soi.

Je retrouve un peu le moral et me met en quête de manger quelque chose. Le repas, une pizza, pas vraiment une spécialité russe, ne restera pas dans les annales. Mais ce moment de calme me permettra de prendre une décision. Si mon plan ne s’est pas déroulé comme prévu, tant pis, j’irai trouver un hôtel malgré l’heure tardive et me débrouillerai pour trouver une chambre ! Fini de tout préparer, un peu d’improvisation.
Après tout, je parle russe !

Un nouveau départ

Je trouve un peu par hasard ce qui s’avérera être une auberge de jeunesse. La tenancière me prévient que l’auberge est occupée par des jeunes marins en permission, et insiste pour que je prenne une chambre privée, plus calme selon elle. Voyant que je ne suis pas convaincu, elle me propose de louer seulement une nuit en dortoir pour que je me fasse une idée de ce qui m’attend. Je refuse et loue directement les trois nuits qui me séparent du vol retour. Passer quelques jours avec des jeunes militaires ne m’effraie pas outre mesure. Je suis passé par l’école militaire et, finalement, l’ambiance, bien que parfois extrême à certains égards, s’avère emprunte de cohésion.

Je m’installe et, après avoir bu quelques bières avec mes nouveaux camarades de chambrée (contents de rencontrer un français qui parle leur langue), je reprends contact avec Natalia qui réitère son invitation. Un peu gris, j’accepte sans réfléchir. J’attrape ma veste et file en ville : à moi Vladivostok.

pont vladivostok
Le pont de la Corne d’or à Vladivostok,
par l’artiste russe Roma Mokrov

Finalement, je retrouve Natalia et ses amis : Marina, Olga et son mari Greb. Nous passons notre soirée sur les quais côté baie de l’Amour. En ce soir de fête, le centre-ville est bondé. Greb raconte à qui mieux mieux que je suis français et qu’il faut que j’ai un souvenir inoubliable de leur ville. Je rencontre donc ce soir là un grand nombre de personnes et suis invité, entre autres, à goûter le rhum du Primorié (la région dont Vladivostok est la capitale) et à participer dans la foulée à un concours de muscle-up. Le pire dans cette histoire, c’est que je parle russe sans réfléchir et sans avoir peur que les autres ne me jugent. Ça y est, j’ai sauté le pas. Il était temps. J’ai passé ce soir là une soirée mémorable. Je m’en souviendrai toute ma vie.

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J’arrive au bout de mon récit et je te remercie d’être resté jusqu’au bout. Quel voyage ! Surtout pour un premier voyage seul. J’ai choisi de ne pas raconter ni mon aventure en auto-stop, ni ma randonnée au Baïkal, ni mes derniers jours à Vladivostok. Ces éléments n’apportent rien à l’histoire que je voulais vous transmettre.

Ma conclusion de ce voyage est qu’il ne faut pas attendre de savoir parfaitement parler avant d’aller trouver des locuteurs natifs. Une des pires erreurs est d’attendre d’être hypothétiquement « prêt ». Cela n’arrive jamais pour celui qui ne se lance pas. C’est le principe du serpent qui se mord la queue, car être prêt à parler n’est possible qu’en parlant.

J’aurais d’ailleurs tiré de ce voyage en transsibérien 3 leçons capitales pour nous, apprenants d’une langue étrangère :

  • aller vers les autres,
  • ne pas avoir peur d’être jugé,
  • avoir confiance en ses capacités.

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J’ai également découvert que la Russie n’est pas le pays que l’on croit, ou plutôt pas le pays que les médias m’ont décris depuis que je suis enfant. Et je t’invite à te faire ta propre opinion. Il sera d’ailleurs bientôt possible de faire son visa par internet, comme pour les États-Unis 🙂

Voyager, c’est découvrir que tout le monde se trompe sur les autres pays.

A.Huxley

[Dis moi en commentaires si tu as déjà pris une claque en voyage, et pourquoi 🙂 ]

*Sauf mention contraire, toutes les photo sont de moi.

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4 commentaires

  • Max

    Super histoire de voyage !

    On a envie de partir voguer en Sibérie en te lisant, sauf la partie couchettes communes, la promiscuité n’est pas d’actualité en 2020 🙂 .

    En ce qui concerne la confiance en soi tu as tellement raison, cela bloque malheureusement trop de gens, moi y compris 😉

    • Rom

      Merci pour ton commentaire Max! Et je suis bien content de t’avoir donné envie d’aller en Sibérie, si tu as des questions à ce sujet, n’hésite pas 😉

  • Marie

    Superbe récit de voyage ! Moi qui me sens déjà à l’étroit avec ce foutu confinement, ça m’a encore plus donné envie de repartir à l’aventure.
    Pour ce qui est des langues, tu as oublié une leçon capitale : l’alcool rapproche les peuples 😉 C’est ce que j’ai appris en Erasmus en Espagne. Je suis partie incapable de parler une langue étrangère malgré environ 10 ans de cours d’anglais et d’allemand, je suis revenue avec un bon niveau d’anglais, d’espagnol.. et d’allemand (merci les erasmus).

    En tout cas, bravo pour ton blog, je reviendrai y faire un tour !

  • Rom

    Merci Marie 🙂

    Ton expérience avec Erasmus prouve encore une fois que rien ne vaut l’immersion et la pratique 😉

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