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Comment apprendre du vocabulaire sans prise de tête (+appli gratuite)

Comment apprendre du vocabulaire? Vaste programme. L’acquisition de vocabulaire est une partie majeure de l’apprentissage des langues. Il y aura toujours des nouveaux mots à apprendre car ceux-ci constituent la base de toute langue. Que ce soit du stade de débutant jusqu’aux niveaux avancés. Certains préfèrent apprendre les mots par thématique, d’autres au fur et à mesure qu’ils les rencontrent dans leur apprentissage.

Dans tous les cas, une bonne méthode est indispensable. C’est une de ces méthodes que nous allons voir aujourd’hui. Je rajouterais même : LA méthode à mettre en place. Car celle-ci permet de hacker un mécanisme de notre cerveau, que nous utilisons depuis la nuit des temps. Mais nous verrons ce point précis un peu plus tard…

Sans plus attendre, laissez-moi vous présenter la seule, l’unique : la répétition espacée (ou SRS, pour spaced repetition system).

Qu’est ce que la répétition espacée

Avant toute chose, il faut comprendre que la répétition espacée peut nous aider à mémoriser n’importe quoi. Nous nous concentrerons cependant dans cet article que sur l’apprentissage des langues. Et notamment sur comment apprendre du vocabulaire nouveau.

La répétition espacée est une technique qui consiste à se rappeler un mot, juste avant de l’oublier, pour que celui-ci s’ancre plus profondément dans notre mémoire. Jusqu’à le fixer dans notre mémoire à long terme.

D’après Wikipédia, il s’agit d’« une technique d’apprentissage qui consiste à se faire interroger (ou à s’auto-interroger), d’autant moins souvent qu’on maîtrise la question. » C’est un peu barbare bizarre comme définition, je te l’accorde. En d’autres termes, plus le mot sera ancré dans notre mémoire, moins on le révisera. C’est très lazy, et ça me convient parfaitement 🙂

Pourquoi répéter est essentiel

Le cerveau est un filtre

Il faut comprendre que le cerveau agit comme un filtre. Selon lui, certaines informations sont importantes, d’autres beaucoup moins et ne méritent pas leur place VIP dans notre mémoire. Je te parlais de la préhistoire en introduction car ce mécanisme a permis à l’Homme de survivre jusqu’à aujourd’hui. Eh oui, à l’époque il fallait se souvenir quel animal était dangereux, quelle plante était comestible ou mortelle, ainsi que tout autre information essentielle à notre survie. Important donc. Mais concrètement, comment ça marche?

C’est très simple. C’est comme si le cerveau fixait sur ses parois certaines informations avec une punaise (typiquement « le feu ça brûle »), pour permettre de les garder à porter de main. Les autres informations sont juste posées sur une table face à une fenêtre ouverte… et s’envolent avec le temps. Et figure-toi que les mots en langue étrangère ont une place toute choisie pour s’envoler à la première brise. Pourquoi ?

Dans son livre Fluent forever, Gabriel Wyner explique ça par le fait que ces mots :

  • « sonnent » étrangers à notre oreille,
  • ne veulent rien dire pour l’instant,
  • ne sont liés à aucune expérience que nous aurions vécu par le passé.

Comment donc apprendre du vocabulaire dans ces conditions… Nous verrons comment passer ces filtres dans la dernière partie, mais pour l’heure, revenons à la mémoire.

La courbe de l’oubli

L’oubli, à quoi ça ressemble au juste ?

comment apprendre du vocabulaire malgré la courbe de l'oubli
Au bout d’un jour, nous ne nous souvenons que de 30% de ce que nous avons appris

Nous devons la courbe de l’oubli à Hermann Ebbinghaus, philosophe allemand et père de la psychologie expérimentale de l’apprentissage. Son étude de 1885, La mémoire : Une contribution à la psychologie expérimentale, l’a amené à considérer le processus de l’oubli de façon exponentielle.

Avec des chiffres, et pour que ce soit plus parlant, voyons ce que ça donne:

  • au bout de 20 minutes, nous avons déjà oublié 40 % de l’information
  • au bout d’un jour : 70 % (quand même!)
  • au bout d’un mois : 80 %
  • au bout de 10 ans : 10 %

Quelque part, c’est rassurant ! Car au bout de plusieurs années (la partie droite de la courbe), j’aurai toujours une partie de l’information dans mon cerveau, même si je ne reviens pas dessus. Mais en ce qui concerne la partie gauche de la courbe, c’est juste catastrophique.

Comment apprendre du vocabulaire et ne plus jamais l’oublier

Redresser la courbe de l’oubli

Je t’ai dit précédemment que la répétition espacée permettait de fixer durablement les informations dans la mémoire. Cela signifie qu’elle agit d’une façon ou d’une autre sur la courbe de l’oublie, pas vrai ?

Allons voir ça à l’aide d’un schéma (OK cette fois-ci je m’abstiens de dessiner, promis 😂)

comment apprendre du vocabulaire avec la répétition espacée
Comment apprendre du vocabulaire? En redressant la courbe de l’oubli grâce à la répétition espacée.
Source: Wikipédia Courbe de l’oubli

Analysons ces courbes. La 1ère courbe (bleu clair), est la courbe initiale. Comme nous avons pu le voir précédemment, elle chute drastiquement avec le temps. Dès lors que l’on opère une révision, on peut remarquer qu’une nouvelle courbe se créée. Ce phénomène devient intéressant à mesure que l’on espace les révisions car les nouvelles courbes ainsi créée chutent de moins en moins brutalement et viennent finir leur course toujours plus haut (fixant ainsi les informations dans la mémoire).

Comment apprendre du vocabulaire avec la répétition espacée : les ressources

Il existe plusieurs ressources qui utilisent la répétitions espacée. Les deux plus connus sont le système Leitner et l’application Anki qui utilisent toutes deux les flashcards.

👉🏻 le concept de la flashcard (virtuelle ou non) est ultrasimple: une information est inscrite sur son recto, et une autre sur son verso. Les deux informations sont liées d’une façon ou d’une autre. Par exemple une image et le mot qui la désigne dans ta langue cible.

Le système Leitner

Le système Leitner repose en un boite divisée en plusieurs partie. Chaque section correspond au schéma suivant:

  • section 1: réviser les cartes 1 fois par jour
  • section 2: réviser les cartes tous les 2 jours
  • section 3: réviser les cartes tous les 3 jours
  • section 4: réviser les cartes tous les 4 jours

Lorsque tu as la bonne réponse, la carte monte dans la section suivante. Ainsi, tu espaces automatiquement la révision de la dite carte.

Anki (« mémorisation » en japonais)

Je ne rentrerai pas plus dans les détails car je préfère de loin l’application Anki. Elle est installée sur mon smartphone, et donc toujours dans ma poche. Si j’ai un temps mort, ou un moment d’attente où que je me trouve, je peux utiliser ce temps pour réviser mon vocabulaire.

Anki te propose donc des flashcards, en te demandant si te rappeler des associations était: difficile, moyen, facile, très facile. Suivant ta réponse, il te reproposera la carte en fonction.

Une carte que tu juges « difficile » à te rappeler reviendra le lendemain alors qu’un carte « très facile » te sera proposée quelques jours plus tard. Si au bout de ces quelques jours c’est encore « très facile », la carte te seras proposée dans plusieurs semaines. Et là, félicitations, car cela veut dire que le mot que tu apprends est en passe de se graver dans ta mémoire à long terme 🙂

comment apprendre du vocabulaire avec les flashcards
Exemple d’une de mes flashcards (ici avec les deux faces visibles)

Évidemment, si tu ne peux pas te rappeler de la carte, Anki te la reproposera quasiment immédiatement.

Comme tu peux le voir dans l’exemple ci-dessus, j’ai mis du texte (mot + exemple dans des phrases). Il est également possible de mettre des images comme nous allons le voir dans la dernière partie, mais aussi de l’audio! Le top étant de combiner image + audio, voire de faire plusieurs flashcards pour un même mot.

°°°

Ah, j’oubliais… l’application Anki est gratuite. Tu peux créer tes flashcards sur ton notebook (ou télécharger des decks de cartes déjà faites), et les synchroniser sur ton smartphone. A-t-on déjà vu plus pratique?

Comment apprendre du vocabulaire : les 2 règles d’or

Utiliser la répétition espacée, d’accord, mais pas n’importe comment…

Règle d’or n°1 : utiliser des images

Revenons à Gabriel Wyner et Fluent Forever pour empêcher les mots de s’envoler. D’après lui, outre apprendre comment « sonne » la langue (c’est à dire savoir quelle syllabe donne tel son), il faut lié les mots nouveaux à des images, et ces images à nos expériences passées.

La vision est le sens prépondérant chez l’être humain. C’est encore une fois lié à notre survie: nos ancêtres appréhendaient tout par ce sens: les dangers, la nourriture, l’eau, les partenaires sexuels…
Pour mémoriser quelque chose, une image sera toujours plus efficiente qu’un texte.

« Le cerveau perçoit les mots comme une multitude de petites images […] Un mot n’est pas lisible tant que le cerveau n’identifie pas […] les lettres. Pour notre cortex, les mots n’existent pas, aussi étonnant que cela puisse paraitre »

John Medina, neuroscientifique, Les 12 lois du cerveau.

👉🏻 Application directe : mettre des images à la place de la traduction du mot que l’on cherche à apprendre. Par exemple pour apprendre le mot dog, tu mettras la photo de ton chien, ou d’un chien que tu connais. Le connexion personnelle est aussi très importante dans le processus de mémorisation. Plus tu rendras mémorable un mot, en le connectant avec une expérience passée, moins tu auras de chance de l’oublier.

exemple flashcard sur Anki
Exemple de flashcard pour laquelle j’ai utilisé une connexion personnelle (règle d’or n°1): j’ai pris cette photo à Louvain en Belgique lors du mariage d’une amie.

Règle d’or n°2 : se rappeler plutôt que lire

Si j’avais su ça avant d’apprendre le russe, j’aurais certainement appris cette langue 4 à 5 fois plus vite. Lire une liste de vocabulaire entraine à lire, pas à mémoriser. Point. C’est une des raisons pour lesquelles apprendre par cœur est inutile et parfaitement inefficace dans l’apprentissage des langues. N’en déplaise à ma prof d’anglais de seconde, Mme Sorton 🙂

Sans entrer dans les détails, il s’agit d’un hack lié à l’interaction entre la mémoire et les émotions. À chaque fois que tu réussiras à te rappeler d’un mot, le système de récompense de ton cerveau enverra une récompense chimique, la dopamine, à ton hippocampe, qui encouragera le stockage du mot en question dans la mémoire à long terme. De plus, si nous sommes interrogés par un tiers (plutôt que par son smartphone), une bonne réponse entraine encore plus de dopamine grâce à la fierté sociale de réussite 🙂

👉🏻 Application directe: après avoir étudier quoique ce soit, essaie de t’en rappeler plutôt que de relire plusieurs fois.

Et si nous résumions ?

  • La répétition espacée permet au vocabulaire de passer les filtres du cerveau pour se retrouver directement dans la mémoire à long terme. Sans bachoter bêtement pendant des heures.
  • L’application Anki est une application qui nous interroge au bon moment, avant d’oublier.
    Pour maximiser son utilisation, il convient de:
    👉🏻 utiliser des images
    👉🏻 se rappeler plutôt que lire

°°°

Hacker sa propre mémoire est possible. Tu sais maintenant comment apprendre une tonne de vocabulaire efficacement et sans te prend la tête! Le pouvoir de la répétition espacée est entre tes mains.

Que vas-tu en faire ?

Peut-être te remettre à l’anglais ?

Si tu as trouvé cet article utile, tu es libre de le partager!

9 commentaires

  • Max

    Un article Neurosciences 🤩

    Bien bel article, fort intéressant et fort réel !

    Pour les flashcard j’utilise aussi Memoflash.

    Et pour la récupération en mémoire j’ajouterai que le bénéfice et multiplié si: 1) C’est un tiers qui interroge (fierté sociale de réussite = + de dopamine)
    2) Il y’a une rétroaction explicative immédiate en cas de mauvaise réponse (l’erreur n’a pas le temps de se graver en mémoire)

    Merci pour ce super article 🙏

    • Rom

      Salut Maxime! Je savais que ça te plairait, c’est plutôt ton domaine ce qui se passe dans le ciboulot 🙂
      Concernant le tiers, je ne savais pas! C’est très intéressant. Pour le feedback immédiat, je savais et je vais le rajouter dans l’article, merci 🙂

  • Sophie THOMAS

    Je suis totalement d’accord avec toi ! J’aurais tellement aimé qu’on me parle de répétition espacée dans le temps durant ma scolarité, ça aurait changé beaucoup de choses ^^ » Anki et Fluent Forever = le début de ma seconde vie 😉

    • Rom

      Salut Sophie et merci pour ton commentaire! On est d’accord 😅
      Je n’ai pas encore terminé Fluent Forever, mais c’est clairement une mine d’or 🙂

  • Objectif Bucket List

    Merci pour cet article, Romain. Les études sur la mémoire et le processus d’apprentissage sont très intéressantes. Tout est très clair et bien argumenté. Tu m’as convaincue de tester Anki pour dépoussiérer mon espagnol. Ceci dit, j’ai une mémoire plus auditive que visuelle (je trouve que c’est super important de savoir comment chacun de nous mémorise en tant qu’individu), alors je pense que ça marcherait mieux si l’appli prononçait aussi le mot écrit sur les flashcards. Est-ce que tu sais si c’est une option qui est dispo ? Merci !

    • Rom

      Merci pour ton commentaire! Grâce à toi je vais modifier la dernière partie car il est effectivement possible de mettre des audio, ce qui s’avère trèèèès pratique 🙂

  • nicolagravatars

    excellent article sur le sujet, la répétition espacée est une excellente technique, je l’utilise très souvent.

  • Nico06

    Fan de neurosciences et de tout ce qui touche au cerveau, j’aime beaucoup ces méthodes venues du monde entier qui permettent de « hacker » notre cerveau en apprenant à booster son potentiel. Merci bcp pour ces découvertes.

  • moia

    Merci pour cet article.

    J’ai téléchargé le logiciel Anki sur mon ordinateur et c’est franchement compliqué de l’utiliser. Pas du tout intuitif. Casi de la programmation à faire. Du coup un peu déçue.

    Sinon je pense qu’il manque quelques éléments dans le principe pour mieux retenir. C’est la notion de contexte qui permet d’ancrer un mot, mais aussi son sens, par association d’idée, c’est ce qui distingue d’un apprentissage par coeur pur qui disparaît par manque de sens, de contexte.

    Et ensuite la notion de progression dans l’apprentissage. C-a-d réutiliser les notions non pas comme une fin en soi mais comme des briques vers un nouvel apprentissage. On ne doit pas réapprendre l’alphabet, ni comment passer des vitesses en voiture, ni même comment faire 1+1 alors que nous utilisons ces notions tous les jours, même inconsciemment, mais imbriquée dans des situations plus complexes comme lire, conduire, calculer… Il me semble donc indispensable de réviser les notions en les faisant progresser vers des phrases plus compliquées. Qui donne l’occasion d’apprendre de nouveaux mots. Un exemple très simple : le mot « jaune » peut être rappelé en apprenant « un ballon jaune » ce qui sert à la fois de rappel du mot « jaune » mais aussi l’apprentissage d’un nouveau mot « ballon ».

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